Alimentation en écurie active : comment bien gérer les rations distribuées ?

Vous allez passer en écurie active ou vous y songez, mais la question de l’alimentation automatisée vous pose quelques doutes ? Sachez qu’aux distributeurs (de concentré comme de fourrage), vos chevaux se présenteront en toute liberté pour manger selon leurs besoins, mais c’est vous qui garderez tout de même le contrôle. C’est vous le véritable gardien du troupeau, et donc la personne la mieux placée pour gérer leurs rations. Voilà comment ça fonctionne.

L’erreur des trois repas par jour

Dans une écurie de propriétaires classique, qu’il s’agisse d’une pension pour chevaux, d’un centre équestre, gite équestre ou poney club, la pratique est quasiment toujours la même à l’heure des repas : tous nourrissent leurs chevaux entre deux et trois fois par jour. Soit selon une tradition plus humaine qu’équine, qui convient à nos estomacs mais pas à ceux des chevaux. Pour que leur alimentation soit plus proche de celle qu’ils auraient en pleine nature, les chevaux et poneys de l’écurie doivent pouvoir manger des quantités plus petites à chaque fois, et des rations différentes.

Les équidés n’étant pas des ruminants, leur système digestif est fait pour absorber de petites quantités de nourriture, tout au long de la journée. Dans la nature, tous les chevaux (qu’il s’agisse d’un poney Shetland, Camargue ou Poitevin) passent autour de 15 heures par jour à s’alimenter.

Aussi, emmener un cheval au manège pour le faire travailler, s’il n’a pas mangé depuis plus de deux heures peut presque s’apparenter à de la maltraitance : son estomac a déjà digéré tout ce qu’il avait ingurgité et produit du suc gastrique qui risque de lui provoquer des douleurs. L’effort d’un cours d’équitation ou de promenade lui pèsera deux fois plus, et il risque de ne pas du tout prêter attention à son cavalier ou sa cavalière. L’astuce, c’est donc de distribuer des rations plus petites, pensées pour chaque cheval, tout au long de la journée.

Pour en savoir plus sur les ulcères et coliques des chevaux en écurie, et le bon moyen de les éviter, lisez notre article ici.

L’alimentation en écurie active : le tout automatique (ou presque)

Pour passer en écurie active, vous allez automatiser l’alimentation. En installant des distributeurs de concentré et de foin, pour que les chevaux viennent se servir par eux-mêmes tout au long de la journée.

Avec un bracelet équipé d’une puce électronique qui réagit à son passage, chaque cheval en pension chez vous pourra se présenter à la station alimentaire et provoquer une réaction de la machine. C’est vous qui allez la programmer avec un logiciel spécifique et donc entrer dans l’ordinateur les rations prévues pour le bien de chaque animal.

Ce qui ne change pas de votre écurie de propriétaire classique

Comme en écurie traditionnelle, vous dirigez tout le système d’alimentation. Vous connaissez votre groupe de chevaux comme personne et devriez donc savoir quels aliments leurs conviennent le mieux. Les besoins nutritionnels varient selon la typologie du cheval (chevaux de course, pur sang, juments gestantes, poulains, poneys ou chevaux en retraite) mais aussi selon le poids, les carences éventuelles et la santé de chaque membre du troupeau.

Ces règles qui régissent leur alimentation, vous les avez déjà appliquées à votre distribution quotidienne, et elles n’ont pas lieu de changer lorsque vous passez en écurie active. Un cheval qui mangeait 100% de foin et aucun concentré dans votre écurie parce que son régime alimentaire était constitué de cette façon pourra continuer à manger la même chose en écurie active. 

C’est en connaissance de leur situation individuelle que vous allez donc paramétrer le logiciel qui distribuera les rations toute la journée. En réalité, il s’agit de programmer les quantités d’aliments pour chaque cheval (en foin et en granulés), sans vous occuper par la suite de la manœuvre.

Ce qui vous libère un temps considérable par ailleurs, vous autorise des journées plus spacieuses et vous permet de travailler au perfectionnement de vos écuries, de creuser l’ambiance chaleureuse de la réception, d’en faire un lieu convivial pour les membres du personnel et les cavaliers, ou de vous concentrer sur d’autres activités comme le dressage ou les cours particuliers.

Cela vous donnera surtout le temps d'observer et de mieux comprendre le troupeau. Vous transférerez le temps consacré actuellement aux corvées à un temps réellement passé avec les chevaux, à leur contact, aux vraies relations homme-cheval.

Ce qui change : la configuration

Vous n’allez plus distribuer manuellement chaque matin sa ration à chaque équidé en passant dans les boxes, mais vous devrez remplir chaque semaine les réservoirs, ce qui vous prendra tout de même beaucoup moins de temps.

Question organisation, vos écuries actives seront orientées autour de la zone d’alimentation libre, centrale dans ce type de pension. Vous pouvez y installer divers réservoirs, de 40 et 70 litres, en modulant selon l’espace que vous avez et la configuration de l’espace. Vous pouvez y ajouter un réservoir de 6 litres pour les minéraux et une petite pompe à côté de chacun dans l’éventualité où vous deviez ajouter du liquide à la nourriture de certains membres du troupeau.

Dans ces cas-là, le liquide est directement envoyé dans l’auge, où il se mélange à la nourriture descendue du réservoir. En-dehors de ce cas, évitez les aliments mouillés qui resteraient coincés dans les tubes.

Et les chevaux, comment s’habituent-ils ?

On pourrait imaginer qu’il soit difficile pour les chevaux, habitués depuis toujours à manger de la main de l’homme et au rythme du personnel, de se mettre à chercher seul son alimentation. De fait, vous n’allez pas les faire passer de deux repas à douze en une journée. En réalité, les chevaux en écurie active ont tendance à venir manger en moyenne 7 fois par jour.

Et là encore, pas de panique, vous n’allez pas devoir réaliser de calculs compliqués pour diviser les rations habituelles de chaque cheval en fonction du nombre de fois où il voudra manger. Bien sûr, rien ne vous empêche de le faire manuellement, mais ces calculs sont effectués directement par l’ordinateur.

Le logiciel analyse les fréquences de passage des chevaux. Au départ, vous programmerez vous-même le nombre de fois où chaque cheval peut se présenter pour réclamer sa pitance, et l’ordinateur se reprogrammera automatiquement par la suite. Donc, si vous programmez le distributeur pour qu’une jument habituée à ses deux repas par jour puisse se présenter quatre fois au distributeur, celui-ci lui délivrera un quart de sa ration pour les quatre fois où elle viendra les réclamer. Mais si le logiciel remarque qu’elle a plutôt tendance, sur la durée, à venir 6 fois par jour, il finira par recalculer ces rations pour lui distribuer sa dose quotidienne en 6 fois.

Et rien de plus facile pour les chevaux que de comprendre que la nourriture leur tombe dans l’auge en se présentant devant. Lorsqu’ils sont au paddock ou en prairie, ils reprennent naturellement un comportement alimentaire proche de l’état sauvage. Aussi, lorsqu’ils sont livrés à leur propre appétit et plus au rythme des employés des écuries, ils s’y retrouvent très rapidement. Certains chevaux tarderont peut-être plus que d’autres à apprivoiser les DAC (les jeunes chevaux sont souvent plus joueurs que les retraités), mais au bout de quelques jours, tous se seront déjà habitués à leur nouveau régime.

Le petit conseil : si vous doutez des doses à attribuer à chacun de vos chevaux, n’hésitez pas à vous faire accompagner par un nutritionniste. Souvent détachés des marques alimentaires, ils savent vous aiguiller dans le choix des aliments (très diversifiés sur le marché).