Canicule en ville : ce qui va changer, maintenant que l’opinion a compris

Nouveau : lors des épisodes caniculaires de l'été 2018 puis de 2019, les Français ont commencé à comprendre que les sols brûlants en centre ville ne sont pas liés au seul phénomène du réchauffement climatique.

On n’a jamais autant parlé du phénomène d’îlot de chaleur urbain (ICU) et d’imperméabilisation des sols qu’en cet été 2019. Cette forte canicule en ville a au moins eu l’effet bénéfique de mettre en avant tous les discours qu’on n’entendait pas encore assez jusque-là. Désormais le public a compris : il faut revégétaliser la ville, sans quoi le réchauffement climatique s'accompagnera d'une double peine pour les citadins.

Le sujet, à l'approche des municipales de 2020, s'est tout naturellemnet invité  dans les priorités des élus et futurs élus des grandes villes.

On a entendu les chercheurs, les climatologues mais aussi - et enfin - les urbanistes et les spécialistes en aménagement du territoire.

On a entendu les voix de l’ONERC (Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique) qui lance des alertes depuis 2010 et enjoint à modifier les espaces urbains pour repousser l’effet fournaise.

Toutes ces voix commencent à peser.

Portées par l'opinion qui commence à mesurer les effets des canicules, elles vont désormais influencer les politiques municipales en matière de gestion de l'espace urbain.

Désormais, il va falloir compenser par de la végétation les mètres carrés de surfaces faites de matériaux inertes, renvoyant la chaleur.


Chaque fois que l'on verra un spectacle comme celui de la photo ci-contre, chacun voudra désormais que les plantes se développent plus vite... pour apporter de la fraîcheur.

La canicule qui a réveillé les politiques de la ville

Le réchauffement climatique, tout le monde sait ce que c’est.

Mais maintenant, les médias relaient massivement l’idée qu’il n’est pas le seul responsable du pic de chaleur qui transforme les centres-villes en fournaises.

Le déclenchement du plan canicule, la vigilance orange et l’avertissement des populations fragiles n'ont plus l'impact émotionnel qu'ils avaient en 2003. Cela fait désormais partie du décor. 

De la même façon, les études sont là. Il ne suffit plus de cartographier les « îlots de fraîcheur » en ville et d’ouvrir les piscines municipales. Tout ça, c'est du passé. Il n'est plus temps des effets d'annonce sur les études et les évaluations.

Les politiques commencent à répondre avec de plus en plus d'ambition à ces nouvelles attentes dans leurs plans à venir. 
Ceci touche autant l'urbanisme que les choix d'architecture publique.

Ce passionnant article des Echos sur les propositions des élus de la ville de Paris juste après la canicule raconte très bien à quel point nous venons de changer d'époque.  

Désormais, les élus n'envisagent plus de laisser leur marque en créant de grands bâtiments ou de nouveaux quartiers. Mais bien plutôt avec des jardins et du végétal.

D'aucuns proposent de rallonger le Bois de Boulogne jusqu'à la Porte Maillot. D'autres de végétaliser en priorité la place de la Concorde. 
Le tout sur fond de promenade verte du Trocadéro au Champ de Mars et de "débituminage" d'un maximum d'hectares.

 

Quand le public comprend l’évapotranspiration

Phénomène intéressant. La presse ne se contente pas d'évoquer les catastrophes, de chercher les coupables (l'architecture, la ville, le monde moderne).

Non, maintenant, elle parle des solutions. Dans une ambiance : "on se remonte les manches, maintenant !"

Ainsi le Parisien légende une photo d'un article sur la canicule ainsi : "L’urbanisme, l’architecture et de petits aménagements peuvent faire descendre de plusieurs degrés la température". 

Il y a encore deux ans, on aurait fait la légende dans l'autre sens. On se serait contenté d'expliquer que le bâti en centre-ville fait augmenter la température. Désormais, on exige de passer à l'action.
 

Le phénomène de l'évapo-transpiration est pourtant complexe à comprendre, du point de vue théorique.

Quand il fait chaud, il se comprend en revanche très bien d'un point de vue pratique.
Il fait bien plus frais dans les espaces verts où les arbres transpirent, que dans les cœurs des villes où la chaleur intense peut faire grimper le thermomètre jusqu’à 10 degrés de plus au niveau du sol.

Pendant des semaines, les médias ont égrenné les exemples de ce que les villes ont fait concrètement pour lutter contre les îlots de chaleur en recréant ce phénomène par la plantation de végétaux. France Info raconte le recensement effectué par la ville de Lyon des lieux où la canicule est la plus forte ou l'approche de l'éco-quartier de Montpellier. Ouest-France a pris le même angle pour évoquer, entre autres, Nantes où les responsables des plans climats ont pris le taureau par les cornes.

On a même  entendu des émissions expliquer au grand public les effets de rayonnement dû aux bâtiments. Autrement dit la thermique d'un bâtiment (nous l'avons détaillé dans cet article, sur ce blog). 

 

En finir avec l’imperméabilisation des sols

Au-delà de replanter des arbres et de verdir les villes, on a entendu et on va continuer de plus en plus à entendre l’opinion réagir à la perméabilisation des sols, comme avec cet article de La Vie  : "quelques arbres en pot (...) et autres gadgets verts destinés à couvrir (...) l’imperméabilisation des sols n’y suffiront pas. Voilà matière à un excellent débat pour les municipales", note le directeur de la rédaction, Jean-Pierre Denis.

On en a parlé aussi aux assises de l’eau, c’est l’ennemi contre lequel il va falloir lutter. Les surfaces imperméables, ce sont des eaux qui ne s’écoulent plus dans les sols, c’est du ruissellement et des inondations, soit des problèmes pour tout le monde.
Le lien est désormais clairement fait par les journalistes entre les îlots de chaleur et les inondations. 

Plutôt que de faire le choix de l’enrobé dur et supposé résistant, il s'agira d'opter pour des revêtements qui permettent l’infiltration des eaux et donc la bonne respiration des sols. La loi ira toujours plus dans ce sens (lire ici nos conseils pour respecter la loi Alur).

Repenser l’organisation du bâti

Les futures politiques de la ville devront aussi intégrer une nouvelle façon de dessiner les espaces.

Rappelons qu'il a été étudié et prouvé que les villes dites « très organisées » comme aux Etats-Unis, généraient plus de chaleur que les quartiers désorganisés aux rues plus ombragées qui ne piègent pas la chaleur. Ce qui veut dire intégrer plus d’espace entre les constructions, à combler éventuellement par de la végétation apportant sa contribution par l’évapotranspiration.

Les énergies qui chauffent ou refroidissent

L’activité humaine a évidemment une incidence sur la chaleur du centre-ville.

Une rue éclairée peut atteindre 1°C de plus en température qu’une rue non éclairée. En cas d’alerte canicule, le réflexe le plus courant contre la chaleur est de créer du courant d’air ou d’allumer la ventilation voire la climatisation pour ceux qui en sont équipés.

Ce genre d’action est une source de chaleur anthropique qui a tendance à accentuer l’effet d’ICU. Les consciences commencent à s'éveiller à ce "mauvais réflexe" de climatisation artificielle. Elles découvrent peu à peu les "bons réflexes" (voir cet article sur l'effet isolant des toitures végétalisées). 

A commencer par l’énergie solaire pour baisser les coûts de l’énergie et absorber une part de la chaleur sur les toits et dans l’espace urbain. Le cocktail surfaces végétalisées et panneaux solaires sur le toit est d'ailleurs une excellente synthèse de ce qui se fait de mieux pour le développement durable.

Alors si vous étiez Maire d’une grande ville, quelles seraient vos actions pour que vos administrés puissent respirer lors des prochains épisodes de canicule ? Faites le quiz ici.

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