Non au drain en fond de forme des parkings perméables

Table des matières

Le consensus traditionnel en ingénierie VRD recommande fréquemment la pose d’un drain en fond de fondation pour “sécuriser” la vidange, limiter les saturations et conduire un écoulement maîtrisé. Cette logique, forgée à partir d’outils et d’hypothèses de calcul éprouvés, a façonné des réflexes de conception puissants.

Même chez ECOGETAL, nous avons, nous aussi, longtemps conseillé la mise en place de ce drain, comme le montre cet extrait d’une documentation datant de 2015. Notre schéma d’alors met en avant ce drain qu’elle évoque certes comme « facultatif », mais qu’elle conseille dans le cas où le coefficient de perméabilité est trop faible.




Nous avons, depuis lors, radicalement changé d’avis.

Les résultats de recherche et de mesure d’ECOVEGETAL invitent à réévaluer ce réflexe: dans un parking perméable bien conçu, le drain en fond de forme n’est pas nécessaire.

Trois piliers étayent cette nouvelle thèse chez nous : la capacité de stockage-infiltration de la fondation, l’importance décisive de l’évaporation et de l’évapotranspiration, et l’enjeu environnemental lié aux drains en PVC.



1) Stockage + infiltration: un dimensionnement qui suffit sans drain

Le premier renversement est pragmatique : si la fondation est correctement dimensionnée, elle offre un volume tampon permettant de stocker l’eau d’un épisode pluvieux, puis de l’infiltrer intégralement dans le temps, sans débordement ni recours à un drain. Pierre Georgel, président d’ECOVEGETAL le formule sans détour: « Doit‑on mettre des drains en fond de fondation des parkings perméables ? Non. »

Dans le détail, il rappelle l’effet combiné de stockage et d’infiltration progressive: « Prenez 48 mm, soit l’équivalent d’une pluie mensuelle et d’une pluie importante (une vingtennale). On va pouvoir stocker cela dans la fondation, et en même temps permettre son infiltration en totalité au cours des jours qui passent, grâce à ce millimètre qui va s’infiltrer tous les jours ».
Ce millimètre correspond au résultat des calculs que nous aurons effectués pour adapter la fondation au coefficient de perméabilité du sol initial. Même si celui-ci est très faible.« On recrée alors une capacité de stockage, ajoute Pierre Georgel. Et cette capacité de stockage, elle va permettre de stocker aussi, en plus, l’ensemble des petites pluies qui tombent dans les jours suivant l’épisode intense. »

Cette approche dissipe une inquiétude répandue: même lorsque l’infiltration instantanée est modeste, l’ouvrage “respire” dans la durée et retrouve sa capacité de stockage pour l’épisode suivant.

Et Pierre Georgel de rappeler le contexte de ces études : « …notre recherche pour l’ensemble des sols perméables, c’est de faire qu’on ait un coefficient de ruissellement nul, c’est‑à‑dire que tout s’infiltre immédiatement, y compris pour des pluies très fortes… ».

2) Le grand oublié des calculs: évaporation et évapotranspiration

Deuxième pilier: les flux d’eau sortants ne se résument pas à l’infiltration.

L’évaporation (et, sur les systèmes végétalisés, l’évapotranspiration) représente une part significative du bilan—et reste trop souvent ignorée par les méthodes classiques. « Aujourd’hui, il n’y a pas un calcul de gestion des eaux pluviales qui intègre l’évapotranspiration et l’évaporation, ajoute Pierre Georgel. […] Chez ECOVEGETAL, depuis plus de 6 ans, on mesure l’évaporation et l’évapotranspiration de nos systèmes. […] On se rend compte qu’on peut avoir un tiers, voire 40 % de la pluie qui peut partir par évaporation. »

Cette quantification change la donne: si 30 à 40 % des pluies repartent vers l’atmosphère, la contrainte de vidange “par le bas” s’allège d’autant. La fondation a moins d’eau à traiter par infiltration, le volume de stockage nécessaire décroît, et la dynamique dans le temps travaille en faveur du système. Autrement dit, en intégrant correctement l’évaporation et l’évapotranspiration dans les bilans hydrologiques, l’argument “il faut un drain pour respecter un délai de vidange” perd une grande part de sa force, dès lors que l’ouvrage est conçu comme un dispositif stockant et restituant l’eau par plusieurs voies physiques, et pas seulement par percolation verticale.

3) Un enjeu environnemental sous-estimé: le bisphénol A des drains PVC

Troisième pilier, et non des moindres: le drain PVC n’est pas neutre sur le plan environnemental. Les travaux liés au programme Roulépur ont mis en évidence la présence de bisphénol A (BPA), un perturbateur endocrinien, en lien avec des drains en place. Pierre Georgel le dit explicitement: « Quand on a fait ce programme de recherche Roulépur […], nous avons observé 69 polluants, et on a trouvé du bisphénol A, et on s’est rendu compte que ça provenait des drains PVC du parking où on mesurait. Et c’est pour ça que, moins on met de drains en PVC, mieux on se porte, parce que même les drains actuels libèrent encore du bisphénol A. »

Ce constat est cohérent avec les ressources publiques ECOVEGETAL autour des dispositifs instrumentés et des mesures associées à ces expérimentations, menées avec des partenaires académiques, notamment dans le cadre de travaux avec le LEESU.

La conséquence pratique est claire: si la performance hydrologique sans drain est atteignable par la conception (voir 1 et 2), il existe une raison supplémentaire—sanitaire et environnementale—de renoncer à installer un drain PVC par défaut.

Répondre aux objections du “consensus drain”

  • “Et si le sol est très peu perméable ?”
    La réponse d’ECOVEGETAL n’est pas de nier la réalité géotechnique, mais de dimensionner la fondation comme un réservoir temporaire et d’intégrer toutes les voies de sortie (infiltration dans le temps + évaporation/évapotranspiration) dans le bilan.
    Le système n’est pas un simple “filtre traversé instantanément”: c’est un volume de stockage actif, dont la cinétique est pensée à l’échelle des jours, pas de la seule minute de pointe. Les verbatims évoquent une infiltration journalière même sur milieux peu perméables, l’essentiel étant que la capacité se régénère entre les épisodes.
  • “Et les exigences de vidange réglementaire ?”
    Justement, intégrer l’évaporation et l’évapotranspiration ainsi que l’infiltration dans le temps permet d’atteindre des délais de retour à vide sans drain, si la fondation est correctement dimensionnée et si l’on raisonne à l’échelle de l’ouvrage complet.
  • “Et la qualité des eaux ?” L’approche ECOVEGETAL repose sur la filtration/adsorption au sein des couches minérales et, quand présent, du vivant en surface, avec des études et dispositifs instrumentés à l’appui. À l’inverse, multiplier des matériaux plastiques en fond de forme peut introduire une source de contamination (BPA) qu’il vaut mieux éviter lorsque la solution technique s’en passe.

Conclusion: changer de logiciel de conception

Renoncer au drain en fond de forme n’est ni une provocation ni une prise de risque inconsidérée: c’est le résultat d’une approche de conception fondée sur la mesure, qui considère l’ouvrage comme un système hydrologique complet.
Stockage dans la fondation, infiltration dans le temps et flux vers l’atmosphère par évaporation/évapotranspiration forment un triptyque robuste qui rend le drain superflu dans la majorité des cas bien conçus. Ajoutez à cela l’argument environnemental—la réalité du bisphénol A associé aux drains PVC observée en conditions réelles—et la balance penche nettement: « Ne mettez plus de drains pour vos parkings perméables » :cite[ia5].

La véritable modernisation des pratiques VRD consiste à intégrer ces données—et à dimensionner en conséquence. C’est ainsi que l’on passe d’un réflexe de tuyau à une ingénierie de la ressource, plus sobre en matériaux, plus fidèle aux phénomènes physiques, et mieux alignée avec les exigences environnementales de notre temps.

Image de Pierre GEORGEL
Pierre GEORGEL

Passionné de botanique depuis son enfance, a transformé son amour pour les plantes en une carrière florissante. Après des études réussies en horticulture et en paysagisme, il a lancé un projet audacieux à 20 ans : un jardin sur le toit du garage familial. Malgré des débuts difficiles, il co-fonde ECOVEGETAL, qui devient en 15 ans la référence en France pour les jardins sur toits et parkings. Une belle histoire d'innovation et de passion transformées en succès entrepreneurial.

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