Lutte contre les îlots de chaleur : où en est la prise de conscience ?

îlots de chaleur

Table des matières

Nous avions relevé ce phénomène à l’occasion de la canicule de l’été 2018 : les journalistes se sont soudain demandé comment adapter nos villes aux vagues de chaleur qui s’annoncent toujours plus fréquentes dans les années qui viennent.
Ils ont alors popularisé le phénomène majeur qui entre en jeu : celui des îlots de chaleur. 

Depuis lors, les épisodes de canicule se multiplient, comme prévu. Et les citadins se rendent compte très concrètement qu’ils sont soumis, eux, à une double peine : les canicules se répètent et celles-ci sont plus fortes en centre-ville qu’ailleurs, du fait de ce phénomène d’îlot de chaleur. 

Le phénomène des îlots de chaleur urbains (ICU)

De quoi s’agit-il exactement ? Vous l’avez forcément ressenti vous-même. Vous êtes en ville l’été et la température moyenne est supérieure de 3 à 5° (jusqu’à 8°C à Paris) de ce qu’elle est à seulement quelques kilomètres de là, en campagne. Le climat vous semble différent de ce qu’il est alentour. L’air est étouffant, le sol brûlant. Ceci est tout particulièrement notable la nuit, où la fraîcheur peine à revenir en centre-ville. 

Comment ceci est-il possible ?

Artificialisation des sols

Tout simplement à cause de l’artificialisation des sols et des immeubles. Ceci se mesure à ce que l’on appelle l’albédo, autrement dit la capacité d’une surface à renvoyer l’énergie solaire qu’elle reçoit. Si l’albédo est de 1 cela signifie que 100% du rayonnnement est renvoyé. C’est comme si vous placiez un miroir face au soleil. Mettez des miroirs face aux miroirs qui reçoivent eux-mêmes déjà tout seuls l’énergie du soleil,  et vous cumulez les énergies reçues par chaque surface. Vous obtenez un four solaire. Le phénomène de l’îlot de chaleur relève du même principe. C’est exactement ce qui se passe en centre-ville lorsque du béton renvoie l’énergie à un immeuble en verre face à lui, qui lui-même renvoie le tout (l’énergie qu’il reçoit lui-même plus l’énergie du béton) à des voitures arrêtées (surfaces aluminium), qui, elles-mêmes, etc..  Chaque surface renvoie aux autres la totalité de la chaleur, aucune n’absorbe rien et c’est la fournaise.

Remplacez une seule de ces surfaces par de la végétation. Mettez, par exemple du gazon (albédo : 0,25 à 0,30). Cette pelouse atténuera alors 70% de l’énergie solaire reçue. 

De quoi changer la vie des citadins.

Evapotranspiration et îlots de chaleur

A la campagne, alentour, où il n’y a pas ces réverbérations, la végétation joue ce rôle tampon. L’évapotranspiration (voir l’explication du phénomène dans cet article) des plantes absorbe des calories et fait baisser la température. Le phénomène de rosée, la nuit, rafraîchit lui aussi la température. S’effectue ainsi, dans un paysage naturel “normal” une régulation entre la journée et la nuit.

Autant de régulations naturelles dont se prive la vie en milieu urbain, à cause de ces îlots de chaleur. 

Pire : les surfaces minéralisées (notamment le sol en bitume, noir) continuent de rejeter la nuit l’énergie qu’elles ont accumulée. Résultat : ces sols, murs, toitures, vitrines, rues agissent la nuit …. comme des radiateurs !

La faute au climat qui change ? Pas tellement, en réalité. La transformation de quartiers entiers en îlots de chaleur est directement liée aux choix d’urbanisme qui ont été faits ces dernières décennies. En supprimant les surfaces naturelles (sols, herbes, feuilles, fleurs) à albédo faible pour les remplacer par des surfaces minérales, on a amplifié le phénomène. Le réchauffement climatique est juste le petit coup de pouce final qui rend ce phénomène trop fréquent, plus intense et donc totalement insupportable.

Les quartiers ont été minéralisés. L’eau a été canalisée vers des évacuations, des tuyaux. Son cycle naturel ne permet plus l’évapotranspiration qui abaisse la température. On s’est totalement privé de ce qui fait le charme principal des végétaux : leur pouvoir climatisant.

Oui, s’il fait moins chaud l’été sous un arbre que sous un parasol, c’est grâce à ce phénomène d’évapotranspiration. Dit en termes modernes : l’arbre “climatise” l’espace au-dessous de lui.

Le phénomène des îlots de chaleur urbains gagne en célébrité

Ces phénomènes, assez complexes et finalement assez peu compris par le grand public commencent donc à gagner en popularité. Et il est intéressant de suivre la façon dont les journalistes expliquent les choses et dont l’opinion publique évolue.

Tant que les canicules restaient rares, le grand public raisonnait simplement. Il fait chaud en milieu urbain, qu’on nous mette de la clim’.

Or, c’est la pire des solutions. La climatisation apporte certes, égoïstement, un confort accru pour celui qui en profite. Sauf qu’elle consiste à absorber des calories dans l’espace rafraîchi, pour les rejeter dans la rue, là, où le rayonnement solaire rebondit librement du béton aux façades vitrées, créant déjà un phénomène de four.

Plus on met de climatiseurs en ville au bénéfice de quelques-uns, dedans, plus on rejette des calories dans la même ville, dehors, au détriment de tous. en renforçant paradoxalement l’îlot de chaleur général. 

La véritable lutte contre l’îlot de chaleur ne peut donc être que mutualisée. Il faut multiplier les sources de “climatisations naturelles”, limiter les surfaces dont l’albédo est supérieur à 0,3 (l’albédo moyen sur terre).

En un mot, il faut multiplier les surfaces végétalisées : murs et sols végétaux, terrasses végétalisées, parkings, trottoirs, toitures végétales.

Et c’est clairement à la faveur de ces canicules récentes et toujours plus fréquentes que l’opinion évolue. En 2020, juste avant les élections municipales, 69% des élécteurs déclaraient qu’ils allaient tenir compte des projets de végétélisation proposées par les candidats (voir notre article).

En 2022, en pleine campagne des législatives, au moment d’un épisode caniculaire, le gouvernement annonce le déblocage de 500 millions d’euros pour la “renaturation” des villes. Preuve que l’opinion a compris.

2022 : la canicule la plus précoce jamais enregistrée

Désormais, la presse suit en effet les phénomènes climatiques de près. En 2022, des canicules extrêmes ont commencé à apparaître dès les mois de mars et avril en Inde et en Asie. Puis en mai en Afrique et en Espagne.

Enfin, en France, une période de canicule s’installe en France en plein mois de juin. La canicule la plus précoce jamais observée, note Météo-France. 

Désormais, cela fait les gros titres. Avec, à chaque fois, un zoom sur le réchauffement climatique, bien sûr. Mais aussi, de plus en plus, sur ce phénomène spécifique en milieu urbain : l’îlot de chaleur.

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2018 : première alerte sérieuse après 2003

“L’été 2018 deuxième été le plus chaud après 2003”, titrait la presse après la canicule de 2018.  On l’a dit, c’est cette canicule-là qui a suscité, chez les journalistes, une inspiration bien différente de celle que l’on avait remarquée lors de la première canicule du XXIème siècle. 

Si, en 2003, les articles posaient surtout la question de savoir si les scientifiques pouvaient ou pas garantir que la vague de chaleur correspondait aux prémices du changement climatique annoncé, en 2018, il n’y a plus tellement de place pour le doute. Le réchauffement est bien là. Et il se caractérise bien, comme annoncé, par une succession de phénomènes excessifs : inondations, tempêtes et canicules.

Cette vague de chaleur estivale  a ainsi donné l’idée à francetvinfo.fr d’imaginer le scénario du 16 août 2050. Un article éminemment documenté  permet de se rendre compte de ce vers quoi nous allons, si les diverses extrapolations réalisées par les scientifiques, chacun dans son domaine (viticulture, météorologie, énergie, etc.) se confirment.

Dans ce scénario, l’agriculture conventionnelle a  disparu. Une agriculture intégrée l’a remplacée : moins de pesticides, moins de travail du sol et des cultures plus diversifiées. Le sorgho a pris la place du maïs. Originaire d’Ethiopie, il demande 40% d’eau en moins et pousse très bien dans le Sud-Ouest.

On  ne se baigne plus à la mer au mois d’août. D’une part, la montée des eaux a réduit les surfaces disponibles pour les plages, d’autre part une eau à 29°C ne rafraîchit plus suffisamment le corps humain, et enfin  les méduses et les raies pastenagues violettes, très venimeuses, se sont tellement rapprochées des côtes qu’il devient vraiment dangereux de se baigner.

En 2050, les villes ont commencé à changer….

Mais surtout, les villes ont commencé à changer. L’immeuble de 2046, tel que l’imagine cet article, est bien sûr à énergie positive. Il est raccordé à un réseau de froid urbain (de l’eau à 5°C est distribuée dans les immeubles pour assurer une climatisation moins énergivore), et avant tout,  il a multiplié la présence de végétaux pour gagner les quelques degrés de rafraîchissement qui changent la donne. Fini les matériaux réverbérants.
Plantes grasses, mousses, arbustes peuplent les intérieurs. Et des potagers verticaux ont envahi les façades.

Si  Franceinfotv s’est projeté dans le futur, d’autres journalistes sont allés voir ce que font les villes dès aujourd’hui. Ils ont en conséquence fortement mis en évidence  le phénomène des îlots de chaleur.

Résultat : les villes du futur  telles qu’on les imaginait il y a encore quelques années, pleines de tours de verre et d’acier qui se renvoient la lumière, avec des matériaux tels que l’asphalte et du béton pour que tout circule le plus vite possible en rez-de-chaussée, ces villes du futur-là appartiennent désormais au passé. 

 “Une différence de 9 à 10 degrés a pu être constatée entre le centre de Lille et la ville d’Hem dans sa banlieue”, écrit ainsi Joël Cossardeaux dans les Echos, à propos de l’amplification par les îlots de chaleur de l’épisode de canicule du début août 2018.

Végétaliser toits, murs et parkings

Le journaliste, excellent spécialiste des collectivités territoriales, fait le point des différentes solutions qu’elles peuvent mettre en oeuvre. Un rapport réalisé par l’Ademe Languedoc-Roussillon détaille de façon très complète les mesures à prendre pour adapter la ville aux changements à venir et, notamment, lutter contre les îlots de chaleur.

Ainsi l’idée est suggérée d’inscrire les zones de fraîcheur dans les documents de planification (politique du végétal urbain, espaces agricoles péri-urbains, …) et imposer un ratio de végétal en ville.

Pour cela, diverses mesures peuvent être prises : 

  • privilégier les arbres d’alignement feuillus afin d’augmenter les zones d’ombrage sur les voiries.
  • développer les conventions de végétalisation entre particuliers, associations et collectivités.

En verdissant les bâtiments, “en plantant de l’herbe ou de petites plantes au sommet des immeubles ou le long des murs”, indique Joël Cossardeaux, en clair, en végétalisant les toits et certains murs de façade, on parviendrait à réduire la température sur les  toits de 15°C et jusqu’à 20°C sur une façade (vs un mur nu). “Le gain d’énergie est colossal, explique-t-il, puisqu’il n’y a plus besoin de rafraîchir autant, à l’aide de climatiseurs, par exemple. Des études menées à Paris montrent que près de 25% d’énergie pourraient être économisés”. 

Dernière mesure à  mettre en oeuvre dans le cadre de ces mesures : lutter contre l’imperméabilisation des sols. Bien sûr, il s’agit alors de faire des choix en matière d’occupation des sols. Plus on pourra privilégier les espaces verts au détriment des bâtiments et de la voirie, mieux ce sera.  Mais si l’on ne parvient pas totalement  à remettre les villes à la campagne, selon la vielle formule d’Alphonse Allais, il reste la possibilité de végétaliser des espaces tels que les parkings ou certains trottoirs dont on a besoin en ville.

L’Ademe insiste ainsi sur le fait de privilégier les techniques alternatives de gestion des eaux pluviales dans les nouveaux aménagements (réduction de la surface des sols imperméables, utilisations  des systèmes de revêtement poreux pour les voies , les trottoirs, les cheminements piétonniers et les parkings).

Les Echos et l’Ademe ont établi la courbe de la réduction des températures

La synthèse de l’impact de ces mesures a été réalisée par Les Echos dans cette infographie.  Les gains sont impressionnants. Visiblement, les Echos ont eu recours pour leur analyse à l’étude canadienne, déjà évoquée dans notre article consacré aux îlots de chaleur, qui indique que verdir seulement 6% des toits d’une ville comme Toronto, ferait gagner 1 à 2 degrés en centre-ville.

Même si, encore une fois, les phénomènes d’îlots  de chaleur ne sont pas directement causés par le réchauffement climatique, mais lui pré-existent et sont terriblement renforcés par lui, prendre des mesures pour lutter contre eux fait partie de ce que l’on appelle des décisions “no regret”, c’est-à-dire des décisions qu’on ne regrettera jamais, même si  les changements climatiques ne suivaient pas les courbes prévues à l’heure actuelle.

La canicule de 2018 aura sans doute eu pour effet de  renforcer la prise de conscience : désormais, cette lutte contre les îlots de chaleur n’est plus une option. Elle est indispensable pour l’adaptation au changement climatique.

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