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Verdir le Paris Haussmannien

Table des matières

Oui, Haussmann aimait la verdure

Haussmann obsédé de pierre et de zinc ? Si l’image du Paris Haussmannien est souvent associée aux immeubles bourgeois très minéraux, le baron lui-même était un grand amateur des arbres et de la nature. Cela faisait partie de la dimension hygiéniste de sa vision des choses, sa motivation numéro 1.

L’oeuvre du préfet de la Seine Georges-Eugène Haussmann qui a orchestré la transformation majeure de la ville entre 1853 et 1870, est certes celle de boulevards larges et des immeubles en pierre de taille caractéristiques. Il fallait créer des voies de circulation : pour des raisons de sécurité et de lutte contre l’insalubrité.

Immeuble Haussmannien avec de la verdure.


Cependant, l’aspect verdoyant de Paris est aussi un héritage de l’ère Haussmannienne !
Sous l’égide de l’Empereur Napoléon III, le préfet urbaniste a cherché à intégrer des espaces verts dans le tissu urbain dense de la capitale française. Ce travail était en partie inspirée par l’admiration de Napoléon III pour les parcs londoniens, notamment Hyde Park, qu’il avait fréquentés lors de son exil à Londres.

Les travaux d’Haussmann ont conduit à la création de nombreux parcs, jardins et squares à travers la ville, offrant ainsi des espaces de respiration et de détente aux Parisiens. Selon l’enquête du site histoire-image.org, la “végétalisation” de Paris était un élément clé des rénovations urbaines entreprises pendant cette période. En plus de planter des arbres le long des nouvelles avenues et rues élargies, Haussmann a supervisé l’aménagement de deux grands bois aux périphéries de la ville – le Bois de Boulogne et le Bois de Vincennes – ainsi que la création d’une vingtaine de squares. Ces espaces verts étaient conçus comme des lieux de promenade et de détente pour les citadins.

Le Bois de Boulogne, en particulier, a été aménagé “à l’anglaise” sous la direction de l’ingénieur Jean-Charles Alphand et de l’horticulteur Jean-Pierre Barillet-Deschamps. Ils ont créé un paysage pittoresque avec des lacs, des cascades, des rochers importés de Fontainebleau, et divers chalets, kiosques, cafés et restaurants pour accueillir les visiteurs. L’objectif était de créer un espace naturel où les Parisiens pouvaient échapper à l’agitation de la ville, tout en profitant d’un environnement esthétiquement agréable et reposant.

Dans la vidéo ci-dessous , nous avons demandé à Pierre Georgel, président d’ECOVEGETAL, de réagir à ce que l’intelligence artificielle Midjourney imagine quand on lui demande de végétaliser Paris et ses façades.
Pierre Georgel, souligne précisément l’importance que les arbres et la végétation ont de façon native dans l’architecture Haussmannienne, en particulier en ce qui concerne la création de trottoirs larges et d’avenues bordées d’arbres.

Ces éléments ont non seulement contribué à l’esthétique de la ville, mais ont également offert des avantages pratiques en termes de confort thermique et de bien-être des citoyens. Ceci bien sûr, en comparaison de ce qui existait avant Haussmann : des ruelles plus petites, souvent insalubres, trop à l’ombre.

On parle donc ici d’un meilleur confort thermique au sens d’un habitat moins humide et moins dangereux pour la santé. Cependant, dès le début, le Paris Haussmannien est critiqué pour son côté trop minéral, le résultat étant qu’on y gèle l’hiver et qu’on y grille l’été. Lisez ce que dit J-K Huysmans en 1898.

Alors comment végétaliser encore plus ce qui est Haussmannien ?

Et cela, c’était bien avant le réchauffement climatique. Autant dire, que désormais, ça grille encore plus l’été et qu’il faut aller plus loin que Haussmann lui-même dans la végétalisation.

En fait, il faut raisonner dans une démarche plus large de verdissement urbain.

L’une des options envisageables est toute simple : l’exploitation de la vigne vierge (voir image ci-dessous), une plante grimpante robuste, pour embellir et rafraîchir les façades de ces bâtiments historiques. La vigne vierge, avec sa capacité à s’accrocher naturellement aux surfaces, peut être guidée le long des façades, créant ainsi un écran végétal vivant qui, en plus d’apporter une touche esthétique, contribue à l’isolation thermique des bâtiments.


Toitures plates modernes

Mais le potentiel de verdissement se situe aussi beaucoup dans les immeubles… non Haussmanniens. Il y en a énormément à Paris. Immeubles des années 60, 70. Avec des terrasses et des balcons.
Commençons donc par là.

C’est une opportunité formidable pour la végétalisation des toits. Ces espaces, souvent inutilisés, peuvent être transformés en jardins suspendus ou en potagers urbains, contribuant ainsi à la biodiversité locale et à la création d’espaces verts en milieu urbain.

Cours d’écoles

Dans le même esprit, les espaces comme les cours d’écoles représentent un potentiel de végétalisation considérable. Des projets tels que “Cours Oasis” visent à transformer ces espaces en zones de verdure, favorisant ainsi la biodiversité, le rafraîchissement naturel et l’éducation environnementale des enfants. (voir Truelle et Coquelicot numéro 11, sur le sujet).

Ces surfaces représentent un effet de levier important pour la régulation thermique. Au lieu de laisser la chaleur être emmagasinée le jour par du bitume et restituée la nuit, les surfaces végétalisées mettent en oeuvre l’évapotranspiration des plantes.
Rappelons que l’évapotranspiration est le processus naturel par lequel l’eau est transférée du sol et des plantes vers l’atmosphère. Cela joue un rôle crucial dans la régulation thermique de la ville. La végétalisation urbaine, en augmentant la surface des espaces verts, favorise l’évapotranspiration, contribuant ainsi à la réduction des températures en période estivale. Cela est particulièrement pertinent dans le contexte du réchauffement climatique où les vagues de chaleur sont de plus en plus fréquentes et intenses.

Et les constructions modernes

Autre potentiel important, les projets de nouveaux grands immeubles. Voilà ce que suggère Midjourney quand on lui demande par exemple, de verdir le Tribunal de Paris (photo ci-dessous). Une approche pas si bête.
Si seulement les cahiers des charges des nouveaux immeubles pouvaient s’inspirer systématiquement de cette philosophie !

Végétaliser le Tribunal de Paris ? Pourquoi pas.
des arbres sur les toits Haussmanniens ? Pourquoi pas ?

Planter des arbres ?

Parmi les grandes solutions systématiquement proposées pour verdir le Paris Haussmannien, la solution numéro 1 : planter des arbres. C’est en effet une bonne idée.

Paris ne dispose d’un taux de couverture arboré que de 20%, contre 39% à Madrid, 37% à Bruxelles ou 24% à Rome. Même si la ville a déjà plus de 200 000 arbres plantés dans les rues, les espaces verts et les équipements municipaux (sans compter les 300 000 arbres des Bois de Boulogne et Vincennes), le projet est d’en planter 170 000 de plus à l’horizon 2026.

Il n’en reste pas moins vrai que cela s’annonce pas forcément facile.

D’abord, l’espace est limité. Paris est une ville historique avec des infrastructures anciennes et des espaces souvent restreints. Choisir des emplacements adéquats pour la plantation d’arbres nécessite une analyse approfondie des sites, en tenant compte des réseaux souterrains, des bâtiments adjacents, et des conditions du sol. La configuration spécifique des fosses de plantation est cruciale. Or une fosse de plantation trop contrainte donnera un arbre en mauvaise santé. Les fosses continues, par exemple, offrent une solution innovante pour maximiser l’espace racinaire disponible, favorisant ainsi une croissance saine : reste à développer ce type de solutions.

La qualité du sol est ensuite un autre défi majeur. Les sols urbains sont souvent compactés, pollués et pauvres en matière organique, ce qui peut entraver la croissance des arbres. L’utilisation de substrats adaptés, comme le mélange terre-pierre d’ECOVEGETAL, peut contribuer à améliorer la structure de plantation, favoriser le drainage et fournir les nutriments nécessaires pour la croissance des arbres.

La sélection des espèces d’arbres s’annonce également cruciale. Les espèces doivent être résilientes aux stress urbains comme la pollution, la sécheresse, et les températures élevées, tout en contribuant à la biodiversité locale. De plus, elles doivent s’harmoniser avec le paysage urbain existant et les bâtiments historiques de la ville. Le tout en étant capable de s’adapter aux conditions de sécheresse ou de grosses pluies qui s’annoncent avec les changements climatiques.

Bref. Comme nous l’évoquons dans cet autre article, il faudra envisager toutes les solutions, y compris celle consistant à en installer sur les toits.

Les défis techniques

Il n’en reste pas moins vrai qu’il y a quelques défis techniques à relever.
Mais à y regarder de près, ils ne nous font pas peur !

Charge structurelle

L’un des principaux défis est la capacité des structures existantes à supporter le poids supplémentaire des installations végétales, en particulier sur les toits. La réglementation des toits accessibles, par exemple, exige une structure en béton pour garantir la sécurité et la stabilité, ce qui limite les options pour les immeubles Haussmanniens

Végétaliser le Paris Haussmannien – épisode 2

La charge supplémentaire imposée par le sol, l’eau, les plantes et les structures de support doit être maîtrisée par le recours à des substrats adaptés, et des systèmes d’étanchéité qui permettent de limiter cette charge au maximum.

Les toits plus anciens ou historiques peuvent toutefois nécessiter des aménagements plus difficiles à intégrer dans le style Haussmannien (garde-corps, accessibilité PMR, etc.).

Répétons-le : cela ne nous empêche pas de commencer, dans le Paris Haussmannien, par tous les bâtiments qui ont été construits plus récemment, avec des structures tout à fait adaptées et parfois déjà des terrasses accessibles.

Etanchéité et drainage

Assurer une étanchéité adéquate et un système de drainage efficace est crucial pour prévenir les dommages causés par l’eau, comme les fuites et la corrosion.

En la matière, les étanchéités des toitures végétalisées résistent mieux à la chaleur que les étanchéités classiques qui doivent supporter des températures toujours plus fortes qui abîment les matériaux au contact direct du soleil. L’effet isolant de la végétation devient un atout.
Quant au drainage, il est consubstantiel à la conception d’un système de végétalisation.
Haussmann aurait adoré !

Maintenance

La maintenance régulière est nécessaire pour garantir la santé des plantes, l’efficacité du drainage et l’intégrité structurelle, ce qui peut nécessiter un accès facile et des plans de maintenance clairs.
Là encore, les solutions mises en oeuvre par ECOVEGETAL pour garantir l’entretien des toitures végétales garantit que ce défi peut être relevé sans problème.

Choix des plantes

Le choix des plantes adaptées au climat local, aux conditions du sol et à l’exposition au soleil est un sujet critique pour le succès de la végétalisation.
C’est sans doute un des défis les plus importants pour la suite, car le choix des végétaux est souvent le résultat de logiques contradictoires :
– celle de la mode et des envies esthétique des usagers du bâtiment (propriétaire, locataires, …)
– celle de la recherche de biodiversité qui fait parfois exiger par la réglementation des espèces et des variétés surprenantes
– celle de l’adaptation au climat qui exige que l’on privilégie des espèces endémiques.
– etc.
Pour ce choix, le mieux est de travailler avec nos spécialistes.

Education et engagement

Last but not least : engager les propriétaires, les gestionnaires de bâtiments et les occupants sur les avantages et les responsabilités associées à la végétalisation est au fond le défi le plus important.
Il est moins technique que psychologique, mais il est fondamental.

C’est là que se joue vraiment la durabilité des initiatives de végétalisation. Au sens fort du mot “durabilité”, c’est-à-dire dans son acception environnementale : durable dans le temps et soutenable pour la planète.



Pierre GEORGEL
Pierre GEORGEL

Passionné de botanique depuis son enfance, a transformé son amour pour les plantes en une carrière florissante. Après des études réussies en horticulture et en paysagisme, il a lancé un projet audacieux à 20 ans : un jardin sur le toit du garage familial. Malgré des débuts difficiles, il co-fonde ECOVEGETAL, qui devient en 15 ans la référence en France pour les jardins sur toits et parkings. Une belle histoire d'innovation et de passion transformées en succès entrepreneurial.